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Le Grand conseil a examiné et accepté à une très large majorité deux motions relatives aux conditions d’accueil et d’accompagnent des requérants d’asile mineurs non accompagnés (RMNA) et une pétition demandant le droit de rester pour les Erythréens et Erythréennes. Il incombe maintenant au Conseil d’Etat d’y donner la suite exigée par le Parlement. Ce processus parlementaire a permis aux député.e.s de porter un regard critique sur les conditions de vie des RMNA au Foyer de l’Etoile ainsi que leurs difficultés à obtenir un accompagnement socio-éducatif qui corresponde à leurs besoins et ouvre sur des perspectives d’avenir. De la même manière, l’acceptation de la pétition semble également démontrer qu’une forte majorité de député.e.s ne peuvent plus fermer les yeux sur l’absurdité et la cruauté de l’absence de droits de certaines catégories de requérants d’asile n’ayant ni le droit de rester en Suisse, ni la possibilité d’en partir. Le groupe EàG a soutenu avec force chacun de ces textes.

L’audition de jeunes requérants d’asile mineurs et majeurs non accompagnés a permis aux commissaires de la commission des affaires sociales de mieux appréhender le quotidien de ces jeunes gens contraints de venir, au prix de tous les dangers, demander l’asile à Genève.

Les commissaires ont pu également mesurer à quel point le dispositif actuel de prise en charge des RMNA est déficient, et combien l’accompagnement socio-éducatif est particulièrement lacunaire. Ils ont donc perçu à quel point il est non seulement nécessaire d’étendre l’accompagnement de ces jeunes jusqu’à 25 ans, mais qu’il est surtout impératif d’améliorer le dispositif d’accueil et de prise en charge existant. Parallèlement, ils ont constaté l’absurdité qui consiste à débouter des personnes sachant par ailleurs qu’elles ne pourront être expulsées de Suisse et seront reléguées indéfiniment dans une zone de non droit.

Ainsi, l’on a retrouvé dans des rapports de majorité des postures qui jusqu’ici n’étaient portées que par une minorité de parlementaires. Faut-il déceler dans ce renversement de situation, un changement de cap en matière de politique d’asile dans notre canton ?  Nous n’en voyons pas d’autres signaux, malheureusement ! Mais ce qui est certain en revanche, et ressort avec force dans les trois rapports, est la mesure de l’inadéquation du dispositif actuel et de la détresse de ces jeunes gens dont les droits fondamentaux ne sont pas respectés. Les commissaires ont pu constater à quel point les contraintes budgétaires amènent à des rationalisations et réorganisations dépourvues de sens, allant à fin contraire des objectifs recherchés.

La rencontre avec des jeunes RMNA et ex-RMNA, l’écoute de leurs expériences de vie dans notre canton, la prise de conscience des problèmes auxquels ils sont confrontés, a sans doute ouvert les yeux de nombreux député.e.s et cassé les représentations grossières sur cette population. La perception, au travers de ces contacts, des aspirations légitimes de ces jeunes gens à la sécurité, la formation, à une « petite place dans la société », en a ému plus d’un, plus d’une ! Comme si au travers de ces auditions ces RMNA et ex-RMNA, ces requérants d’asile, avaient recouvré leur statut d’êtres humains. Navrant cela étant, qu’il ait fallu tant de détresse, tant de souffrance, pire un suicide, pour arriver à ces prises de conscience !

Le premier des textes requérait de faciliter l’insertion professionnelle et l’octroi d’un permis de séjour aux personnes déboutées de l’asile dont le renvoi n’est pas réalisable, alors que nombre de celles-ci, principalement des jeunes gens originaires d’Erythrée, doivent interrompre les processus de formation dans lesquels ils sont engagés. Ce qui constitue un non-sens sachant que ces jeunes gens seront appelés à rester encore longtemps dans notre pays. Quel que soit l’avenir de ces personnes, il est évident qu’il vaudra mieux pour eux de l’affronter en ayant acquis des compétences, plutôt qu’en ayant été contraint à l’inactivité, voire à des activités illicites de survie.  Autant de circonstances que l’on viendra ensuite leur reprocher !

Pour des jeunes gens qui ont survécu à l’horreur des chemins de l’exil, qui ont pu réaliser leur légitime aspiration à reconstruire un futur, être stoppé en plein envol est absolument contre-productif. Maintenir ces jeunes dans l’inhumain « no man’s land des personnes déboutées », les rejeter dans l’exclusion est inacceptable au regard des droits humains. Alors oui, pour celles et ceux qui se trouve dans cette situation, favoriser la poursuite des processus d’insertion engagés, leur permettre d’acquérir des compétences est crucial. Leur octroyer pour ce faire une autorisation de séjour est indispensable, à plus forte raison que leurs départs à court ou moyens terme n’est pas envisageable.

Le deuxième texte, la pétition demandant le droit de rester pour les Erythréennes et Erythréen, s’inscrit dans la même perspective: refuser l’hypocrisie qui consiste à refuser l’asile en sachant que ceux qui sont déboutés resteront tout de même ici en étant dépourvu de tous droits, en restants des « indésirables ».

Ceci, alors que les autorités et les partis politiques savent pertinemment que la situation en Erythrée est toujours aussi problématique, que la dictature qui y sévit est toujours aussi active, aussi cruelle envers les ressortissant.e.s de ce pays. La fuite, l’exil, constituent pour beaucoup la seule possibilité de préserver leur intégrité. Nonobstant, la pratique du SEM et du Tribunal Fédéral ne tient toujours pas compte de cette réalité et ces derniers continuent à rendre un grand nombre de décisions négatives.

Par conséquent, vit donc en Suisse depuis des années une population dont le renvoi ne peut pas être exécuté et qui se retrouve désormais à l’aide d’urgence. Cette situation précaire est terriblement difficile à vivre, tant sur le plan humain que sur le plan social. C’est pourquoi la pétition demande d’octroyer à ces personnes le droit de rester en recevant l’aide sociale et non d’être cantonnées à l’aide d’urgence, de les autoriser à poursuivre leur formation dans le canton, à leur permettre d’exercer un travail rémunéré à Genève. Le texte requiert aussi la suspension des levées d’admissions provisoires ; le droit de rester en Suisse, avec un permis F ou un permis B. Enfin, le texte appelle à la mise en place d’une action de régularisation extraordinaire.  Toutes choses qui devraient aller de soi en de telles circonstances.

Enfin, le troisième texte réclame une prise en charge jusqu’à 25 ans des jeunes adultes relevant de l’asile, considérant que la majorité implique le plus souvent pour les jeunes RMNA une rupture brutale du type de prestations et d’accompagnement auxquels ils peuvent prétendre. A 18 ans, ils n’ont souvent eu que le temps de s’adapter à un nouveau pays, à de nouvelles normes, à d’autres coutumes, d’apprendre notre langue et de s’engager dans des processus de formation.

Un couperet qui tombe à 18 ans, allié à l’incertitude de leur futur statut en Suisse, peut réduire à néant tous leurs efforts. Il s’avère par conséquent nécessaire d’assurer un accompagnement jusqu’à ce que les processus de formation, d’autonomisation, soit aboutis, au plus tard jusqu’à 25 ans.  Il faut pour cela maintenir une relation de soutien, un lien avec un intervenant social pour leur permettre de réaliser leur projet d’intégration.

Le respect du devoir d’hospitalité est un impératif absolu, tout comme la garantie de bonnes conditions d’accueil et d’accompagnement. Pour le groupe EàG, il ne peut y avoir de politique d’asile à géométrie variable selon le degré d’émotion qui agite le Parlement.  Il a soutenu ces trois textes comme il s’est toujours engagé pour la défense des requérants d’asile. Il continuera à la faire en chaque occasion !

Jocelyne Haller