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Le non recours sort enfin de l’ombre où il a été cantonné pendant de longues années. Les autorités en parlent et l’inscrivent dans leur programme d’action. Il ne faut cependant pas se payer de mots. Mettre en place une bureau d’information sociale (BIS) pour conseiller, orienter et informer sur leurs droits des personnes en difficulté c’est bien ! Penser qu’avec un seul BIS pour tout le canton – fusse-t-il itinérant – cela suffira, est illusoire !

Le Conseil a répondu à la motion qui avait été déposée par le groupe EàG pour une campagne de lutte contre le non-recours. Elle lui a été renvoyée par le Grand conseil le 18 octobre 2019. La réponse est intéressante, notre groupe en a pris acte avec cependant quelques réserves. Elle s’appuie fortement sur l’expérience pilote d’une Bureau d’information sociale (BIS) mis en place par le département de la cohésion sociale (DCS) et des projets de développement des e-démarches.

Développer l’information, et partant la prévention est un des volets centraux des politiques sociales. La réactivation du concept de bureau d’information sociale le 26 novembre 2020 est particulièrement appréciable. Son amélioration par la mise en collaboration de divers acteurs du secteur social, mais qui plus est du centre de compétence du revenu déterminant unifié (RDU) et de l’ASLOCA est indéniable. Créé, à titre d’expérience pilote sur 6 semaines, pour faire face aux besoins d’information et de soutien pour les personnes précaires particulièrement affectées par les effets socio-économiques de la crise Covid, il poursuivra ses activités de façon itinérante, en étant dissocié des distributions alimentaires. On ne peut que s’en réjouir. C’est un bon début, mais nous savons déjà que cela ne suffira pas.

Il faut se rappeler que du début des années soixante jusqu’aux années nonante, l’Hospice général a développé des BIS, dans chaque quartier de la ville et dans la plupart des communes du canton. Il les a progressivement intégrés dans les centre d’action sociale. Leur devise était la même que celle qu’affiche l’actuel « BIS nouveau », à savoir : « Le BIS accueille, conseille, oriente ». Mais l’information sociale et l’information sociale ont été sacrifiées sur l’autel des politiques d’austérité de ces trente dernières années. La demande sociale a augmenté, pas les effectifs pour y répondre. Progressivement ces activités ont été délaissées au profit du traitement des dossiers d’aide sociale en constante augmentation. Il faudra donc veiller à ne pas reproduire la même erreur.

 Il n’y aura pas de lutte efficace contre le non recours sans des effectifs suffisant pour répondre à cette importante demande sociale d’informations et de conseils. Alors un BIS, oui, mais à quand les autres ?

Quant au développement des e-démarches, cela pourra sans doute rendre plus accessible nombre de démarches pour une grande partie de la population – pour autant qu’elle sache quoi chercher – ; mais cela restera hermétique pour une autre partie des habitants de ce canton qui, soit ne maitrise pas les outils informatiques, soit ne dispose pas des moyens pour se payer une connexion internet, une imprimante ou un scanner. La fracture numérique est une réalité encore très présente. Elle isole et exclue encore trop de gens. Il faut notamment garantir pour ceux-là, des moyens lorsqu’ils en manquent, des équipements collectifs facilement accessibles, des personnes faisant office d’interface entre elles et les services visés.

Enfin, pour une véritable lutte contre le non recours, il faut veiller non seulement à la connaissance et à l’accès aux dispositif d’aide et de soutien, mais encore faut-il s’assurer qu’une fois la demande formulée au bon endroit qu’il y ait des professionnel.le.s en suffisance pour apporter une réponse adéquate à cette requête. Ce n’est pas la direction qu’indique les budgets votés ces dernières années par la majorité du Grand conseil. Alors, une fois encore ne nous payons pas de mots. Indiquer une direction, c’est bien ! la prendre, c’est mieux ! Nous nous y emploierons !

Jocelyne Haller