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Le Grand conseil a refusé d’adopter, ce vendredi 13 septembre 2019, une résolution Ensemble à Gauche, qui invitait le Conseil d’Etat à maintenir la gratuité des soins médicaux en prison. La veille, les député-e-s avaient pourtant accepté de traiter ce projet en urgence! Suite à une demande du PDC, la majorité de droite du Grand Conseil a finalement renvoyé la résolution à la commission des visiteurs. La non-gratuité des soins médicaux en prison reste donc en vigueur, en attendant le traitement de notre résolution en commission. D’ici là, de nombreux-euses détenu-e-s seront privés de soins!

Jusqu’à l’été 2019, les soins étaient fournis gratuitement aux détenu-e-s genevois. Mais le Conseil d’Etat a décidé d’appliquer les nouvelles règles adoptées dans le cadre du concordat romand sur la détention, et de facturer aux détenu-e-s l’équivalent de la franchise et de la quote-part LAMal.

Une gratuité indispensable
Cette nouvelle pratique inadmissible a été dénoncée par les médecins. L’Académie Suisse des Sciences Médicales a adopté, le 15 février 2019, une prise de position très claire : la prise en charge médicale des personnes détenues doit en principe être accessible et gratuite, d’une part car l’Etat a un devoir d’assistance en faveur des personnes détenues qui doit tenir compte de la morbidité élevée en milieu pénitentiaire, d’autre part car la prise en charge des détenu-e-s est importante non seulement pour les détenu-e-s eux-mêmes, mais également pour les tiers – personnel pénitentiaire, visiteurs et population générale, car les épidémies ne connaissent pas de limites.

Les raisons pour lesquelles EàG a déposé cette résolution sont les suivantes :

  • Les détenu-e-s qui travaillent gagnent au maximum CHF 380.- par mois. Il est donc inadmissible de leur imposer une participation aux frais médicaux identique à celle des citoyen-ne-s en liberté.
  • Le personnel médical de la prison peine à atteindre tous les détenu-e-s. Certain-e-s bénéficient en prison de la première visite médicale de leur vie, et ne comprennent pas l’intérêt d’un traitement. Entre 40% et 50% des détenu-e-s souffrent de troubles psychiques, dont certains sont anosognosique, donc estiment ne pas souffrir de troubles et sont en aucun cas prêts à payer pour voir un-e médecin dont ils ne voient pas la nécessité.
  • Les détenu-e-s vont tenter d’économiser sur les soins s’ils doivent payer. Le risque est élevé qu’ils attendent que leur situation sanitaire soit grave, avec un risque accru de nécessité de transfert en milieu hospitalier, ce qui est négatif tant pour le/la détenu-e que pour les finances publiques.
  • Le milieu carcéral est fait de promiscuité et particulièrement exposé à l’éclatement d’épidémies. Il faut impérativement que la médecine pénitentiaire puisse être efficace dès les premiers symptômes de maladies, sans être entravée par des questions financières.

Ensemble à gauche regrette qu’une faible majorité du Grand Conseil ait finalement estimé qu’il n’y avait pas urgence à agir et ait décidé de faire suivre à cette résolution un traitement en commission, permettant ainsi, dans les faits, que certain-e-s prisonnier-ère-s soient privés de soins médicaux dans l’intervalle.