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Pour la droite, si les grèves pouvaient passer inaperçues, ce serait mieux… Les débrayages de la fonction publique l’irritent particulièrement et, même s’ils ne sont pas si fréquents que cela, suscitent des propositions visant à retreindre ce droit fondamental, garanti par la Constitution. Les trois projets de loi déposés par le PLR, l’UDC et le PDC ne visaient rien d’autre que d’étouffer les grèves en instaurant un service minimum généralisé en cas d’arrêt de travail, et une paix du travail permanente. Ces textes insanes ont été rejetés – à une courte majorité toutefois.

Ces trois projets de loi (PL 10949, 11574 et 11581) étaient parfaitement inutiles et Ensemble à Gauche les a combattus, tout comme les syndicats, avec succès. En effet, les dispositions relatives au recours à la grève dans la fonction publique, à l’instauration d’un service minimum et à la paix du travail sont connues, font déjà l’objet de textes qui ne sont pas remis en question. Ainsi, dans la Constitution genevoise, le droit de grève fait partie des droits fondamentaux ; il est défini à l’article 37 et tout y est dit, en deux alinéas. Il est y marqué que le droit de grève est garanti s’il se rapporte aux relations de travail et s’il s’avère conforme à la préservation de la paix du travail et à la conciliation. La Constitution prévoit aussi que ce droit peut être interdit par la loi pour des catégories de personnes ou limité par la mise en place d’un service minimum là où il y a un enjeu vital pour les personnes. Alors, pourquoi revenir sur un texte qui a tout prévu si ce n’est à vouloir empêcher les fonctionnaires d’exercer leur droit de grève ?

Objectivement, la fonction publique genevoise ne débraye pas souvent et le Cartel intersyndical ne dépose finalement que très peu de préavis de grève. Le principe de recourir à la grève en tant qu’ultima ratio, quand les négociations ont échoué, est parfaitement intégré. Ce n’est jamais à la légère que les syndicats organisent une grève. Probablement que les Genevois.es se souviennent des grèves de la fin de l’année 2015, qui ont cumulé l’équivalent d’une semaine d’arrêt de travail, ce qui était assez exceptionnel. Ces manifestations du personnel de l’Etat et du secteur subventionné, soutenues par la population, avaient permis la signature d’un accord avec le Conseil d’Etat, le 17 décembre 2015. Il faudrait remonter aux années 2004-2005 pour constater des débrayages similaires. Alors, il est vrai que le recours à la grève irrite, dérange, cause des perturbations, c’est inhérent à sa fonction. C’est ce qui permet de faire entendre les revendications, quand l’employeur se montre un peu sourd, et favorise l’atteinte du but qui est, il faut le rappeler, toujours lié, en ce qui concerne la fonction publique, à la préservation et l’amélioration des prestations à la population. Si tous les 10 ans une grève vient un peu bousculer le quotidien, ce n’est pourtant pas une raison pour s’en offusquer et essayer de remettre en cause ce droit.

Ces projets de loi étaient donc superflus, puisque les textes en vigueur suffisent et qu’aucun travers n’a été signifié, mais également perfides car ils entendaient redéfinir des principes qui fondent le droit des travailleuses et des travailleurs. Par ailleurs, vouloir modifier la Constitution (PL 11574), n’est jamais anodin. Déclarer que dans l’absolu il faudrait respecter – et non préserver – la paix du travail n’a pas de sens. Cette dernière est fondée sur un partenariat social et s’inscrit essentiellement dans un rapport entre la fonction publique et l’Etat-employeur. Ainsi, la notion de paix du travail, au sein des services publics, ne peut que faire écho à des accords signés, ponctuels, et qui, par la force des choses, restent limités dans le temps. Quant à assurer un service minimum de manière automatique, c’est absurde, sauf, bien entendu, à vouloir enlever tout effet à la grève. Une grève acratopège, en quelque sorte, qui ne dérangerait personne… Il avait déjà été constaté que, même avec les dispositions existantes, de telles velléités émanaient de la part des directions dans certains services (dans la police par exemple), où lors des grèves davantage de personnel se voyait mobilisé qu’en temps normal. Le service minimum mérite d’être discuté à chaque grève, car chaque grève est différente, et il n’y a aucune raison d’affirmer qu’il devrait être assuré de manière générale, partout.

Enfin, au vu de la dégradation des prestations publiques, dans le domaine de la santé en particulier (à la pédiatrie et aux urgences par exemple), et face aux nombreux services qui n’arrivent plus à répondre aux besoins de la population – et qui sont en quelque sorte, c’est paradoxal, contraints de fonctionner déjà sur un mode de service minimum sans qu’il y ait de grève ! – la droite ferait mieux de renoncer à sa politique d’austérité, de voter des budgets qui tiennent compte des besoins de la population, et d’arrêter de couper dans les prestations !