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La Salle Frank-Martin, en contrebas du Collège Calvin a plus de 400 places… Le 20 novembre, le public n’était pas au rendez-vous. Étaient attendus les député-e-s de la commission de la santé et de la commission législative, mais aussi tous les député-e-s (comme aussi les suppléant·e·s) intéressés à entendre tous les responsables de la politique cantonale de lutte contre le COVID. Le conseiller d’Etat en charge de la santé, bien sûr, mais peut être aussi et surtout la médecin cantonale, le directeur cantonal de la santé, le directeur des HUG et d’autres…

Le but de la séance: fournir des infos sur l’état de la situation sanitaire, et sur la politique cantonale en la matière, répondre aux questions des élu·e-s et permettre au Grand Conseil de débattre et de prendre des mesures en connaissance de cause avec un minimum d’infos objectives. Rappelons qu’on était à un moment où les pressions de la droite et de l’extrême droite pour lâcher du lest sur les mesures prises par le gouvernement, notamment sur la fermeture de tous les commerces non-essentiels, se multipliaient…

Un boycott malvenu et des vérités importantes
Mais les député·e·s attendus, par (quelques) dizaines ne sont pas au rendez-vous. Les plus de 400 places de la salle voient 14 députées et députés seulement y prendre place pour répondre à l’invitation… Notre groupe EàG, qui compte une dizaine de député·e·s au Grand Conseil est représenté par cinq élu·e·s, la moitié d’entre des nôtres s’est donc déplacée, tous les autres six partis du Grand Conseil sont représenté·e·s par 9 malheureux élu·e·s seulement. Un boycott qui en dit long sur la légèreté de ces partis face à la crise…

Pourtant, la séance valait le détour: on y a entendu la médecin cantonal, la Dr Aglae Tardin expliquer en détail pourquoi il était impératif de maintenir les restrictions sanitaires assez longtemps, dans la phase de décrue des infections pour atteindre un seuil suffisamment bas pour limiter sérieusement la vague suivante… Prenant exemple sur les erreurs commises dans l’Etat d’Israël qui a desserré trop vite un lockdown trop court mis en place contre la deuxième vague et qui était en conséquence dans la tourmente d’une troisième vague de la pandémie sans précédent, elle a plaidé avec chaleur pour le maintien des restrictions…

Les limites de la responsabilité individuelle et l’héroïsme du personnel
Adrien Brond directeur cantonal de la santé est intervenu de manière émouvante en fin de conférence avec un cri du cœur disant qu’il savait et comprenait combien la population en avait assez des appels culpabilisant et peu opérants à la «responsabilisation individuelle» face à la pandémie et combien il fallait pouvoir compter sur des décisions collectives indispensables…

Le directeur des HUG s’est fait quant à lui – une fois n’est pas coutume – l’écho de son personnel: fatigué, épuisé, héroïque, à la limite de ce qu’on peut lui demander encore… Le Conseiller d’Etat a expliqué encore une fois que la fermeture des commerces non essentiels, n’était pas une mesure liée à la dangerosité spécifique de telle ou telle boutique, mais participait d’une volonté délibérée de diminuer globalement le flux des personnes sortant de chez elles: d’une incitation à rester – dans toute la mesure du possible – confinés chez soi… pour écarter les périls d’une 3e vague inéluctable.

Un appel du Grand Conseil nuancé… mais ignoré par le Conseil d’État
Rappelons qu’à ce moment-là le gouvernement avait «lâché du lest» sur peu de choses, les coiffeurs et autres «services à la personne» …et la réouverture symbolique du jet d’eau ! Alors que toute la droite et l’extrême droite réclamait une réouverture immédiate et téméraire de tous les commerces… essentiellement au nom de la «concurrence déloyale» des enseignes d’outre-Versoix…

Au soir de cette conférence, la commission législative qui avait adopté imprudemment la semaine avant un appel à une ouverture sans réserve proposée par le PLR, a reculé et a adopté à l’unanimité une résolution plus nuancée demandant simplement au Conseil d’Etat de «réexaminer l’obligation de fermeture de l’ensemble des commerces genevois […] en vue d’une réglementation plus différenciée, tenant compte aussi des indicateurs objectifs d’évolution de la situation pandémique, pour autant que ces commerces respectent un plan de protection adéquat.»

Échos trumpiens…
C’est cette invite nuancée qui figurait en recommandation complémentaire dans la résolution issue de la commission législative votée lors de la plénière du mercredi 25 novembre… Malheureusement ce vote est intervenu APRÈS que le Conseil d’État, ait cédé aux pressions et annoncé quelques heures auparavant qu’il avait décidé, pour le samedi suivant, la réouverture de tous les commerces !

Un journaliste de la Tribune demandait à cette occasion à Poggia «Alors que l’Exécutif desserre l’étau des mesures de protection, sur quoi fonde-t-il son espoir d’éviter une troisième vague?» Celui-ci répondra, désabusé, conscient sans doute que le gouvernement a cédé à des pressions auxquelles il aurait fallu résister: «C’est la victoire de l’optimisme sur l’expérience… »

Et on n’a pas entendu la médecin cantonale donner son avis. On l’imagine sans peine… il aurait été négatif. Mais le gouvernement l’a-t-il même consultée? Parlant d’optimisme, n’est-on pas sur la voie d’un «optimisme» aveugle et potentiellement mortel qui met de côté l’avis des médecins et des spécialistes et du parlement? Le champion dans ce domaine a été le sinistre …Donald Trump. On sait ce que cela a coûté et coûte encore au peuple étasunien en dizaine de milliers de morts!

Une commission ad hoc bienvenue
Ce sont ces constats qui ont conduit Pierre Vanek à intervenir au Grand Conseil, pour soutenir l’arrêté du 1er novembre du Conseil d’Etat que nous devions approuver (ou non) qui fermait notamment les commerces ET la recommandation bafouée de la commission législative courant derrière le gouvernement… Ces constats ont aussi conduit le groupe EàG à soutenir la proposition du MCG Dimier (R935) de créer une commission parlementaire ad hoc comme interlocuteur du gouvernement dans cette crise.

Une commission qui ne remplacerait pas le travail spécifique ni de la commission législative qui vérifie (mais post hoc) les arrêtés urgents du gouvernement, ni de la commission de contrôle de gestion, ni d’ailleurs la commission d’enquête parlementaire dont le temps viendra… mais une commission qui donne – en temps utile – un minimum de poids politique au législatif, face au gouvernement et face à la crise sanitaire.

On sombre dans la pantalonnade…
La résolution du MCG posait divers problèmes de formulation et de mise en place de la commission proposée et le groupe EàG a donc suggéré de renvoyer la proposition en commission pour mettre au point le fonctionnement idoine. Refusant de suivre cet avis banalement raisonnable, formulé par Pierre Vanek… le gros des partis gouvernementaux a refusé ce renvoi en commission, pensant pouvoir balayer la motion du revers de la manche du bloc PS-PLR-Verts-PDC…

La manœuvre a alors sombré dans le Grand Guignol… Un grand nombre de député·e·s (PS et Verts notamment) se seraient nous a-t-on dit trompés après coup au vote sur la résolution MCG et l’auraient approuvée «par mégarde»… l’amenant à être acceptée «à l’insu de leur plein gré» paraît-il.

Rétropédalage chaotique
Qu’à cela ne tienne, le bloc PS-PLR etc. est revenu avec une « contre-résolution » improvisée (R941) se proposant d’annuler l’effet de leur « gourance », confiants qu’ils l’imposeraient par une modification sur le siège de l’ordre du jour via une motion d’ordre à une majorité des deux-tiers… Ils y sont arrivés de justesse, mais n’ont pas eu la majorité des deux-tiers au bureau pour éviter que ladite résolution ne soit inscrite en « débat libre » permettant – théoriquement – des heures et des heures de débat sur un texte qui consacre et pointe du doigt l’incurie d’un grand nombre de député·e·s qui auraient voté sans savoir quoi ni comment.

Pierre Vanek est donc intervenu, en plénière et auprès du bureau, pour que toute cette affaire parte en commission, comme il l’avait proposé initialement et qu’on coupe court à une pantalonnade indigne d’un parlement sérieux dans les circonstances actuelles. Affaire à suivre, car le point pourrait être traité dans une séance ultérieure de la session cette semaine…


Droits démocratiques 

Le gouvernement a dû se faire un peu bousculer, mais suite à une proposition du député Vanek d’EàG en commission législative, approuvée unanimement par celle-ci, le Conseil d’Etat a suspendu l’écoulement des délais de récolte de signature pour les initiatives et référendums, par un arrêté urgent ad hoc. Approuvé en plénière à une large majorité, cet arrêté donne la possibilité à divers textes d’aboutir: comme le référendum municipal genevois contre la «Cité de la musique» par exemple… Tout en saluant cette décision bienvenue lors de la session du Grand Conseil de fin novembre, Pierre Vanek a demandé au Conseil d’État d’intervenir en direction du Conseil fédéral pour qu’une mesure analogue soit prise au plan national: si la récolte de signatures est massivement péjorée par la situation sanitaire dans un canton comme Genève, comment en effet considérer que les droits démocratiques peuvent s’exercer correctement au plan fédéral, sauf à mépriser l’avis possible des citoyen·ne·s genevois ?