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L‘initiative lancée par Ensemble à Gauche avec le soutien des Verts, du Parti socialiste et de l’ASLOCA a été refusée par une majorité de droite du parlement. Pourtant cette initiative demandait simplement que tant que dure la pénurie de logement, le Conseil d’État déclasse les terrains en zone de développement. Cette zone est la seul à garantir la construction de logements abordables et à offrir une protection contre la spéculation. Malheureusement les intérêts des spéculateurs et des milieux immobiliers ont pris le pas sur ceux de la population.

Le parlement a décidé de rejeter l’initiative 162 intitulée « Construisons des logements pour toutes et tous : Une priorité en période de pénurie ! » pourtant si importante pour la population genevoise. Il est donc indispensable de revenir avec précision sur les enjeux auxquels cette initiative essaie de répondre et surtout sur les conséquences positives qu’elle engendrerait pour la population. Nous vivons, ici à Genève, une pénurie de logement qui dure depuis des années. Cette pénurie impacte directement la population genevoise et la capacité financière des ménages. Elle engendre de graves problèmes pour la population.

De loyers exorbitants
En effet, la conséquence principale de cette pénurie est l’augmentation très marquée des loyers. Les chiffres sont éloquents: la moyenne des loyers de 4 pièces équivaut à 1502 Fr, alors que la moyenne des loyers loués à un nouveau locataire est de 1947 Fr. soit 29,6% plus cher.  Autre chiffre: pour les quatre pièces, le loyer moyen d’un logement à loyer libre occupé depuis moins de trois ans par le même locataire (1 909 francs) est d’environ 70 % plus élevé que celui d’un logement occupé depuis plus de 20 ans (1 113 francs). Cette augmentation des prix est liée à l’avidité des propriétaires qui peuvent, en période de pénurie, se permettre d’augmenter abusivement le prix des loyers. En moyenne, les loyers sont augmentés de 9,6 % à chaque changement de locataire. Ainsi cette pénurie péjore en premier lieu les locataires, soit 82 % de la population genevoise.

Si rien n’est entrepris, cet état de fait va empirer et les Genevois-es seront toujours plus nombreux à ne pas trouver de logement ou à ne pas pouvoir payer leur loyer. Or ces dernières années, nous avons pu constater que le marché est incapable de réguler les prix par lui-même, car la course effrénée au profit continue de pousser les loyers vers le haut. Pire, alors que la construction de logement a repris ces dernières années, aucun impact significatif sur les loyers ne s’est fait sentir. Sans changement de cette politique, l’augmentation va continuer et provoquer un appauvrissement encore plus marqué de la population.

Pas assez de logements bon marché
Outre le prix des logements, la rareté de ceux-ci est une autre source d’angoisse pour la population. Les appartements bon marché, qu’il s’agisse de logements sociaux ou non, sont une espèce en voie de disparition. Les conséquences sont connues. Plus de 100 dossiers en 24 heures pour un appartement. Les chances de trouver un nouveau logement accessible sont donc quasi nulles pour les Genevois-es.

Cette situation est la conséquence directe de l’absence de contrainte dans le type de logement construits. Les promoteurs favorisent les biens qui rapportent les plus grandes marges de profit et donc construisent majoritairement des appartements à vendre (PPE) et des villas.

Malheureusement, l’immense majorité de la population ne peut se payer ce genre de biens. Durant les dix dernières années, 49% des biens construits ont été des villas et des PPE alors que seuls 15% de la population peut espérer se les payer. Nous devons donc drastiquement limiter la construction des PPE pour favoriser le locatif qu’il soit subventionné ou non.

Des logiques spéculatives à combattre
L’autre fléau de notre canton est la spéculation immobilière. Dans une période économique ou l’argent est massivement disponible et ou les rendements boursiers ne sont plus ce qu’ils étaient, l’immobilier devient un secteur de placement financier particulièrement prisé. Ceci a pour conséquence de favoriser les logiques d’achat/vente n’ayant pour but que de faire une plus-value financière. Cette logique impacte tant les prix des appartements à vendre que celui des loyers.

La zone de développement
Ce petit tour d’horizon non-exhaustif des problèmes de logements à Genève montre clairement que la population a besoin que l’État intervienne et qu’il mette en place:

  • Un contrôle strict des loyers
  • Une planification du type de construction prioritaire (HBM, LUP, ZD LOC)
  • Un contrôle des prix de vente

Tous ces instruments de lutte contre la rareté et la cherté des logements sont déjà disponibles pour les constructions en zone de développement. En effet, la zone de développement est la seule zone constructible pour du logement qui permette à l’État d’intervenir pour réguler les prix, contrôler le type de construction et s’assurer du financement des équipements collectifs.

En d’autres termes, la zone de développement permet de réaliser une réelle politique du logement qui va s’opposer à la spéculation et construire les logements dont les genevois-e-s ont besoin.

Concrètement, la zone de développement prévoit:

  • Un contrôle des prix des loyers
  • Un contrôle des prix des ventes de PPE (pendant 10 ans)
  • Des quotas de types de logement pour empêcher la sur-construction de bien inaccessible à la majorité de la population.
  • Le financement par tous les acteurs de la construction des équipements collectifs (route, place, école, etc.)

Malheureusement, de nombreux acteurs de la construction cherchent à contourner ces limitations et demandent des déclassements en zone ordinaire, zone presque entièrement dérégulée. Vu l’urgence sociale que constitue la question du logement, Ensemble à Gauche pense que les déclassements en toutes autres zones qu’en zone de développement sont contraires à l’intérêt de la population.

En prévoyant que tous les futurs déclassements de terrain dans le canton de Genève se fassent en direction de la zone de développement, l’IN 162 propose la bonne solution qui devrait freiner cette folie spéculative. Ensemble à Gauche fera donc campagne et vous invite à soutenir cette initiative dans les urnes!

Pablo Cruchon