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Vendredi 30 octobre, une alliance EAG-PS-Verts-PDC a accepté une motion élaborée sous les auspices d’EAG mais en collaboration étroite avec l’ensemble de ces partis. Ce texte a pour objectif de donner une direction nouvelle à la politique carcérale genevoise, qui a trop longtemps été fondée sur de la détention indiscriminée de tous les détenus à la prison de Champ-Dollon, quelle que soit leur dangerosité, et quelle que soit l’étape de l’exécution de leur peine. Malheureusement, il est probable que le Conseil d’Etat oppose au Grand Conseil une fin de non-recevoir.

Durant l’été 2020, nous avons constaté qu’il ne serait pas suffisant de s’opposer au projet des Dardelles, et qu’il fallait travailler à l’élaboration d’une politique carcérale alternative. Ceci a suscité quelques questionnements internes, auprès de celles et ceux qui rejettent fondamentalement le principe de la privation de liberté, qui est perçue comme servant avant tout la perpétuation de l’Etat bourgeois. D’autres ont fait valoir que toute place de détention créée impliquait fatalement un prisonnier en plus.

D’un autre côté, il a fallu constater que de nombreux esprits progressistes étaient prêts à accepter – et même parfois à soutenir – le projet des Dardelles, car ils le voyaient comme l’unique moyen concret et réaliste de mettre un terme aux souffrances subies par les détenus à Champ-Dollon. C’est ainsi que par exemple, la commission de droit pénal de l’Ordre des avocats, qui est traditionnellement un allié sur les questions de détention, était très divisée.

Nous avons donc développé un projet de politique carcérale alternatif, qui vise à diminuer l’utilisation de la détention de manière générale, et à diminuer l’utilisation de la détention en milieu fermé en particulier. Ceci a impliqué que nous soutenions d’autres formes de sanctions, y compris d’autres formes de détention – notamment la détention en milieu ouvert, ou encore la détention en travail externe. Nous avons estimé que c’était le prix à payer pour éviter la construction des Dardelles, qui représente le pire en matière de planification pénitentiaire.

Ce compromis a permis de rallier des voix au-delà de la gauche (avec en particulier le PDC, mais aussi quelques hors-partis issus des milieux de droite) et d’obtenir des abstentions de quelques députés de droite sceptiques face au tout-carcéral et à la destruction de la zone agricole. Grâce à cela, nous avons pu faire échouer l’octroi d’un budget pour la construction du projet des Dardelles le 2 octobre 2020. A présent, il s’agit de montrer qu’il existe une troisième voie, qui n’est ni le statu quo (avec des conditions de détentions inadmissibles), ni la prison classique ultra-répressive.  Nous devons nous inspirer des bonnes pratiques carcérales qui existent par exemple dans les pays nordiques, et limiter l’usage de la prison fermées aux personnes présentant une réelle dangerosité.

Le Conseil d’Etat, par la voix de Mauro Poggia, nous a déjà fait savoir qu’il estimait que nous étions complètement à côté de la plaque. Nous allons donc devoir nous battre pour concrétiser cette vision. Mais nous partons avec quelques voix d’avance au Grand Conseil – avance que nous devrons consolider pour avancer.