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Pierre Maudet veut construire une nouvelle prison. Inutile, il faut d’abord réduire le nombre de personnes détenues : la constructions d’un établissement ne doit être qu’un ultima ratio. Pour le conseiller d’Etat, le problème n’est pas la surpopulation carcérale, mais la sous-dotation du canton en prisons. C’est tout à fait faux, et la réalité est qu’il y a trop de détenus à Genève, en proportion de la population. A titre de comparaison, en Suisse alémanique, le taux moyen de détenus pour 100’000 habitants est de 70, alors qu’il est de 108 en Suisse romande, Genève étant le champion suisse en la matière.

Pierre Maudet déclare souvent que les juges condamnent, et qu’il appartient au législatif et à l’exécutif de construire des prisons adéquates pour recevoir ce flux de condamnés. Au contraire, nous pensons qu’il appartient au Grand Conseil de fixer des limites à l’utilisation intempestive de la prison. De plus, il y a une marge de manœuvre pour l’exécutif, en particulier pour ce qui concerne l’exécution des peines.

Pour la détention préventive, il faut souligner que à Genève, le réflexe des juges est de maintenir les étrangers en détention jusqu’au jugement, alors que les suisses sont habituellement remis en liberté. (Ceci explique, d’ailleurs, le taux élevé d’étrangers détenus à Champ-Dollon, taux qui n’est pas représentatif de la répartition de la criminalité entre les nationaux et les étrangers.) Les juges craignent en effet que les étrangers ne reviennent pas à Genève pour assister à leur jugement, et qu’en conséquence ils ne purgent pas leur peine.

Un changement d’approche s’impose ! s’agissant en particulier de la France, il est simple de déléguer la poursuite pénale, lorsqu’un délinquant va s’y réfugier. S’il ne revient pas, il suffit d’inviter les autorités pénales françaises à organiser elles-mêmes le procès. A titre d’exemple, c’est ce qui s’est passé il y a quelques semaines suite à l’agression de jeunes femmes à la place des Trois-Perdrix, à Genève. Une solution alternative est de le condamner en son absence, et, le jour où il est arrêté, il purgera sa peine

S’agissant encore de la détention préventive, il faut développer le bracelet électronique – à ce jour, seules deux personnes sont sous surveillance judiciaire avant jugement par ce moyen-là.

Pour la détention après jugement, il faut développer de manière efficace des peines diversifiées. On les appelle habituellement des « peines alternatives », terminologie doit être abandonnée, car elle donne l’impression que la peine normale serait la prison. Le travail d’intérêt général (TIG) n’est pas assez utilisé – en particulier, il est très rarement prononcé contre des étrangers sans permis de séjour, en raison d’une jurisprudence du Tribunal fédéral qui estime que ceux-ci n’ont pas à bénéficier d’un effort d’insertion dans un pays dans lequel ils n’ont pas le droit de s’insérer.

Les étrangers bénéficient rarement d’allégements tels que le travail externe, et sont limités dans l’obtention de la libération conditionnelle, qui est souvent refusée s’ils refusent de quitter volontairement le pays. La prison devient un instrument de politique migratoire. Tant que ce sera le cas, et que les prisons seront occupées par des individus qui n’ont rien à y faire, pas question d’investir dans de nouvelles prisons – surtout pas dans celle des Dardelles, qui prévoit un régime fermé rétrograde !