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Le Grand Conseil a approuvé vendredi dernier un projet de loi d’Ensemble à Gauche qui demandait qu’on «démasculinise» la législation genevoise, pour en finir avec les formulations sexistes dépassées en employant un langage inclusif ou épicène. Selon le projet initial, assez ambitieux, rédigé par Pierre Bayenet, la Chancellerie aurait eu le mandat d’ouvrir un chantier important de révision dans ce sens de la totalité du corpus de la législation genevoise, sous le contrôle de la commission législative du parlement. Le texte de loi sorti de commission a été redimensionné quant à sa portée. Il fixe des règles avant tout en ce qui concerne les nouvelles lois. Désormais leur rédaction doit «prendre en compte la diversité des réalités, notamment en termes de genre, d’état civil et de modèles familiaux (rédaction inclusive).» Et à cette fin «la rédaction fondée sur des termes neutres (rédaction épicène) est utilisée en premier lieu

Par ailleurs, un accord est intervenu pour que, lorsqu’on entreprendra de modifier telle ou telle loi, ce qui est fréquent pour nombre d’entre elles, on en profite pour revoir l’ensemble de ladite loi sous l’angle de la rédaction inclusive ou épicène. Ceci plutôt que d’ouvrir «à froid» des révisions de lois sans que d’autres changements ne soient en cours.

L’UDC dit NON…
Le projet ainsi amendé avait recueilli une quasi-unanimité de la commission législative appelée à le traiter, la seule voix dissidente étant celle de l’UDC pour des raisons contradictoires et peu compréhensibles: «Ce projet de loi est trop strict et laisse la porte ouverte à une large interprétation, respectivement à des charges et des dépenses supplémentaires.» écrit notamment le député minoritaire UDC en question.

En commission, tant le MCG que le PLR avaient par contre voté le projet sans broncher. Sous le feu des projecteurs en plénière pourtant, on a vu des soubresauts rétrogrades incongrus de la part de ces deux groupes. Au nom du MCG, un député en vue – François Baertschi pour ne pas le nommer – s’est fendu d’une attaque en règle contre le projet et contre le langage épicène ou inclusif qui serait «un péril mortel pour la langue française» (sic !) dont l’acceptation constituerait une «lourde responsabilité pour les générations futures» (re-sic !) Tout ceci en s’appuyant nommément sur l’autorité alléguée d’une entité hexagonale d’Outre-Jura, instituée par un roi de France à des fins discutables de normalisation langagière centralisatrice. Bref, en invoquant le diktat de l’Académie française !

Interdire le Cé què lainô et les points médians ?
A quand, aux ordres de la normalisation langagière académique hexagonale, un appel MCG à la traque aux restes du franco-provençal (dit aujourd’hui arpitan) dans notre canton ? Une langue que ni la Réforme, ni d’ailleurs l’arrivée postérieure massive des réfugié·e·s huguenots n’ont réussi à extirper totalement avant la deuxième moitié du 19e siècle… et qu’on entend même encore résonner parfois aux alentours du 12 décembre sous forme du Cé què lainô entonné par certains enfants genevois petits et grands. *[i]

Dans la foulée d’un MCG invoquant une autorité française, on a vu le PLR – pourtant par ailleurs en paroles opposé à la « densité normative » et à l’«inflation législative» – déposer et faire voter, avec l’appui de toute la droite, qui s’est ensuite abondamment auto-applaudie, un amendement proscrivant légalement «l’utilisation de barres obliques, parenthèses, points médians et tirets.» au motif que ces innovations nuiraient à la « lisibilité » des textes.

Légiférer sur la ponctuation et la typographie, du côté du PLR en crise… Par les temps qui courent, on a les victoires politiques qu’on peut !


* Signalons pour qui veut lire du franco-provençal genevois dans le texte, le placard du « libertin » et athée genevois Jacques Gruet, décapité à Champel en 1547 après avoir été torturé pour ses opinions critiques du régime théocratique calviniste en place. « Not ne vollin pa tan avey de metre. Notta bin mon dire » avait-il notamment écrit dans son texte affiché sur la chaire de Calvin… En français normalisé ça donne « Nous ne voulons pas tant avoir de maître. Notez bien mon dire… » Ce sentiment bien genevois n’habite manifestement pas un MCG qui affiche au Grand Conseil son inféodation à l’autorité transfrontalière de l’Académie parisienne.