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Par un extraordinaire concours d’opposition, qui a rassemblé la gauche, trois députés hors-parti, et certains UDC défenseurs de la zone agricole ou critiques du projet, le Grand Conseil a rejeté vendredi soir le projet de nouvelle prison des Dardelles. Au sein du PDC, qui avait prévu de s’abstenir, certains député-e-s ont voté pour, d’autres contre, alors que le PLR et le MCG ont soutenu la prison. Au final, les deux projets de loi ont été refusés par une très courte majorité d’une seule voix! Nous vous proposons de lire la transcription de l’intervention du député EàG Bayenet lors de ce débat au Grand Conseil.

J’ai bien écouté Madame la Députée Zuber-Roy égrainer longuement tous les défauts qui caractérisent la prison de Champ-Dollon ; le fait qu’il n’y ait pas de parloir intime, le fait que les femmes soient plus ou moins mélangées avec le reste de la population carcérale. Je pense qu’elle a parfaitement raison, la réalité est que la prison de Champ-Dollon est truffée de défauts. Mais le problème est de savoir ce que l’on fait face à cette situation. Est-ce que construire une nouvelle prison à côté c’est une solution ? Non, ce n’est pas une solution. Et j’ai cru que Madame Margaret Tatcher s’était réincarnée dans le corps de François Baertschi quand je l’ai entendu marteler « Il n’y a pas d’alternative, il n’y a pas d’alternative à la création de nouvelles prisons ». C’est évidemment faux, il y a des alternatives.

Je vous rappelle que depuis 2008, nous avons doublé la capacité pénitentiaire du canton de Genève. En 2008, il n’y avait que la prison de Champ-Dollon avec 276 places. Il y a 100 places qui ont été ajoutées en 2010, puis encore une vingtaine de places ajoutées avec la fermeture de la socio-thérapie. En 2008, ouverture de la Brenaz I, 63 places de plus. En 2016, ouverture de la Brenaz 2, 100 places de plus. On est à 286 places de plus, Mesdames et Messieurs les député-e-s, un doublement de la capacité pénitentiaire du canton de Genève en 12 ans. En on nous propose presque un nouveau doublement, donc on aurait un quadruplement sur 20 ans de cette capacité. C’est cela, le projet du Conseil d’Etat ? Des prisons qui doublent tous les 10 ans ? Et bien il n’y a pas besoin d’être un grand sage pour savoir où vont ce genre de courbes : elles vont dans le plafond ou dans le mur.

La seule solution c’est de réfléchir à une autre manière de gérer la détention. Il y a des gens qui n’ont rien à faire à Champ-Dollon. Champ-Dollon est une prison très sécurisée. Pourquoi est-ce qu’on y enferme des gens qui n’ont pas payé des amendes de circulation routière, des gens qui n’ont pas payé une amende de bus, des gens qui ont fait un tag et qui ont reçu une amende qu’ils n’ont pas payée ? Ces gens qui ne sont pas dangereux n’ont rien à faire dans un établissement du type de Champ-Dollon. Pourquoi est-ce qu’on enferme à Champ-Dollon des étrangers qui sont en séjour illégal en Suisse et qui n’ont rien d’autre à se reprocher ? Ces gens ne sont pas dangereux et n’ont rien à faire à la prison de Champ-Dollon. Il y a un principe fondamental du droit pénal suisse, c’est que le lieu de détention doit être adapté à la dangerosité du détenu. Il faut des prisons ouvertes. Madame Zuber-Roy disait qu’il n’y a pas à Genève d’autres lieu de détention que Champ-Dollon, c’est faux ! Il y a la Brenaz, qui est déjà un lieu de détention fermé destiné à des détenus dangereux.

Ce qu’il faut, s’il faut quelque chose, ce sont des lieux ouverts, des lieux qui permettent aux détenus d’accomplir leurs peines progressivement et de passer du lieu fermé à la liberté. Eviter les sorties sèches. Vous savez qu’une sortie sèche, c’est quand un détenu sort d’un lieu hautement sécurisé comme Champ-Dollon, qu’on le met dans la rue et qu’on lui dit « bye-bye, débrouille-toi ! ». C’est cela qui crée le risque de récidive le plus important, c’est cela qui crée de la dangerosité dans nos rues. Il faut des lieux dans lesquels les détenus puissent faire du travail externe, il faut des lieux dans lesquels les gens puissent faire du travail d’intérêt général. Toutes ces personnes devraient ne pas se trouver à Champ-Dollon et malheureusement, Champ-Dollon est pleine de gens qui n’ont rien à y faire. Et si nous construisons une nouvelle prison, je peux vous assurer que cette nouvelle prison sera elle aussi pleine de gens qui n’ont rien à y faire.

Mesdames et Messieurs, il faut sauver la zone agricole, c’est certain. Il faut peut-être construire des lieux de détention adaptés pour les femmes, mais il ne faut pas les mélanger avec les hommes, et feue la députée Von Arx-Vernon a toujours martelé l’importance d’éviter ce mélange entre lieux de détentions pour les hommes et pour les femmes, alors suivons son avis sur ce point, elle avait raison. Il faut peut-être des lieux de détention ouverts, adaptés aux gens qui ne sont pas dangereux. Mais en tout cas une prison de haute sécurité, une prison bâtie sur le modèle américain, une prison bâtie par une architecte membre du PLR, qui a siégé ici il y a quelques années, c’est inadmissible Mesdames et Messieurs les Député-e-s. Merci.