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Les nombres de morts de COVID-19 par pays sont des données assez comparables, au moins pour les États qui disposent de services sanitaires développés et de relais administratifs sérieux. Ce sont les plus robustes dont on dispose pour les pays du monde les plus touchés depuis deux semaines, qui permettent ainsi d’établir des comparaisons internationales. Mais à quoi peuvent bien servir de tels chiffres?

Tout d’abord, il faut qu’ils soient établis avec la rigueur nécessaire. Par exemple, en France, ils ne tenaient pas compte, jusqu’à récemment, des décès en EHPAD (nos EMS), de même que des morts à domicile. Ils pouvaient aussi intégrer à tort quelques personnes décédées suite à des détresses respiratoires qui n’avaient pas été testées pour COVID-19.

En Suisse, nous avons un problème supplémentaire, puisque les chiffres fédéraux sont très sensiblement inférieurs au cumul des décès annoncés par les cantons. Par ex., le 24 mars, l’OFSP comptabilisait un total de 86 décès, alors que les cantons en dénombraient en tout 134, soit 56% de plus ! Si bien que les médias et le Johns Hopkins Coronavirus Resource Center, principale plateforme de suivi international de la pandémie, sont obligés de se fier à un site privé en ligne, actualisé en permanence, qui fait un travail remarquable, grâce au financement de la chaîne du bonheur (https://www.corona-data.ch/). Un exemple stupéfiant du suivi épidémiologique insuffisant, de cette pandémie, en temps réel, de la part des autorités sanitaires fédérales.

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Mais à quoi sert-il de compter au mieux les décès liés à COVID-19 ? Dans la mesure où c’est le seul indicateur robuste dont nous disposons depuis deux semaines au moins pour les pays les plus touchés, il permet d’établir des comparaisons internationales sur la diffusion de l’épidémie, sur la pertinence des mesures de prévention adaptées ici et là, de même que sur l’efficacité des traitements administrés aux personnes hospitalisées pour des cas sévères, enfin sur la capacité de prodiguer des soins intensifs à toutes les personnes dont le pronostic vital est engagé (environ un quart des hospitalisations en France).

Ainsi, la furieuse polémique autour du protocole du prof. Raoult de Marseille – une association de chloroquine (un antipaludéen) et d’azithromycine (un antibiotique) –, dont les autorités sanitaires françaises ont contesté le bienfondé et la sécurité, tourne autour d’une question importante. Il s’agit de la possibilité de soigner plus efficacement les patients hospitalisés pour des cas graves, afin de les diriger en moins grand nombre vers les soins intensifs. Ce n’est évidemment pas une mince affaire, d’abord en termes d’économie de souffrances humaines, d’amélioration du pronostic vital des personnes sévèrement atteintes, mais aussi de la pénurie de moyens pour intuber les malades en détresse respiratoire sévère.

Enfin, il a beaucoup été débattu de la pertinence de comparer le nombre de personnes testées positivement à COVID-19 selon les pays. En réalité, ce n’est pas une information inutile pour mesurer la diffusion plus ou moins étendue des tests à l’échelle internationale. Leur utilisation massive permet en effet de confiner et de traiter les personnes touchées plus en amont. Elle bute cependant sur leur pénurie, sur leur coût élevé et sur leur taux d’erreur encore important. Depuis le 13 mars, Roche AG livre 400 000 kits par semaine d’un kit amélioré aux États-Unis, qui permet d’obtenir un résultat en 3 heures et demi. On aimerait savoir quel en est le prix, et si la Confédération a pu en obtenir en suffisance. Sinon, ne devrait-elle pas les réquisitionner pour des motifs de santé publique évidents ?

Jean Batou