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Comprenne qui pourra: les divisions au sein du PLR ont permis au Grand Conseil d’adopter une résolution Ensemble à Gauche demandant le développement et l’amélioration des aménagements cyclistes provisoires post-COVID-19. A nous maintenant d’assurer que les aménagements demandés se fassent réellement, et surtout qu’ils soient pérennisés.

En raison du COVID-19, de nombreux usagers des transports publics hésitent à reprendre bus, tram ou train, dans lesquels ils craignent d’être exposés au virus. Les TPG ont distribué un certain nombre de masque, mais nous avons constaté que les passagers demandent à garder un siège libre à leur côté. La baisse de fréquentation des TPG est de l’ordre de 40% actuellement.

A l’inverser, alors même que plusieurs employeurs continuent à pratiquer le télétravail, le trafic routier en ville est revenu à 100%, soit à son niveau d’avant-COVID-19. Une partie des usagers des TPG s’est tourné vers la voiture.

Afin d’éviter que la ville ne soit complètement engorgée par le trafic, le Conseil d’Etat et la Ville de Genève on, de façon assez courageuse, installé en urgence et de façon temporaire des bandes cyclables comblant les plus graves lacunes graves du réseau. Ainsi, un véritable U lacustre cyclable a vu le jour, de même qu’une bande qui rend la circulation sûre sur l’axe Place du Cirque – Boulevard Georges-Favon – Pont de la Coulouvrenière – Rue des Terreaux-du-Temple – Cornavin. Un axe Gare des Eaux-Vives- rue du 31-Décembre – Lac, et diverses autres améliorations, ont également été créés. Ces aménagements ne sont d’ailleurs qu’une partie ceux qui étaient attendus depuis le vote par la population de l’IN144 pour la mobilité douce, acceptée le 15 mai 2011.

Las, la droite patronale et le lobby de la bagnole sont montés au front, dénonçant la cyclo-dictature qui règne à Genève, accusant les aménagements d’être la cause des bouchons (pour la droite, ce ne serait pas l’excès de voiture, mais bien l’excès de vélos, qui causerait des bouchons !), d’être dangereux, et surtout d’avoir été mis en place de manière anti-démocratique, cavalière, « à la hussarde ». Le PLR et l’UDC ont déposé des textes condamnant les aménagements, et lancé une pétition demandant leur retrait, qui a récolté 4000 signatures. Suite à la manif cycliste spontanée du 18 mai 2020, et au lancement d’une contre-pétition (qui a récolté plus de 18’000 signatures), j’ai consulté en urgence le groupe parlementaire EàG pour mettre au point un texte de soutien aux aménagements provisoire. Ce fût chose faite le jour même, avec une résolution qui demandait à ce que le réseau provisoire continue à s’étendre aux axes pénétrants (ce qui fait d’ailleurs l’objet de demandes de la part des communes de Carouge, Meyrin, Vernier et Lancy, notamment pour les routes de Vernier, de Meyrin, l’avenue Louis-Casaï, la route de St-Julien).

Avant même la session du Grand Conseil, le front de droite s’est lézardé. On se souvient que le député PLR Rolin Wavre, décédé il y a quelques semaines, était le président de Pro Vélo. Un autre ardent défenseur de la petite reine, François Saudan, Professeur à la faculté de médecine, lui aussi député PLR, n’a pas supporté que son parti prenne des positions aussi rétrograde, et a d’une part fait signer à 48 professeurs de médecine une tribune libre revendiquant les bienfaits sociaux et médicaux du vélo, d’autre part a démissionné du PLR et a annoncé qu’il voterait contre le texte PLR et en faveur du texte Ensemble à Gauche ! Le jour de la session, le PLR a affronté ses devisions en ménageant la chèvre et le chou : il a voté en faveur de ses propres textes anti-vélos, et simultanément en faveur de notre texte pro-vélo. Ainsi, le PLR espère donner le message qu’il soutient le vélo, mais pas la manière « antidémocratique » dont ces aménagements-là ont été installés. Comprenne qui pourra ! Le PLR se cherche une identité écologique, et est visiblement traversé par des courants qui ont des perceptions opposées de la problématique.

Résultat, grâce au soutien du PS, des verts, et du PLR, le texte Ensemble à Gauche a remporté une large adhésion du Grand Conseil, avec 63 voix favorables. Un vote mémorable en faveur du vélo, et un bon indicateur des divisions de la droite.

Pierre Bayenet