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Le Conseil d’Etat conserve la possibilité d’accorder à quelques fonctionnaires de son choix un traitement « hors classes », soit un salaire dont il fixe lui-même le montant ! Ensemble à Gauche a soutenu l’abrogation de cette disposition prévue par la loi. Mais le Grand Conseil en a décidé autrement… et l’a assortie de l’obligation de résider dans le canton pour pouvoir en bénéficier. Deux décisions hautement contestables, aux motivations en quelque sorte opposées, mais qui devront disparaître !

La grille salariale des fonctionnaires est publique. Le parlement en est le garant, et il ne devrait pas y avoir d’exceptions. En effet, une administration saine, exempte de corruption, ne peut pas laisser planer le doute sur la réelle rétribution des agent.es du service public. Que le Conseil d’Etat, en tant qu’employeur, conserve un blanc-seing pour rétribuer des personnes qui auraient des qualités exceptionnelles, ne semble pas admissible dans notre République. Si cette méthode apparaît davantage digne d’une république bananière, il faut rappeler qu’elle représente une manière de contourner la suppression du 14ème salaire pour les hauts cadres, obtenue il y a quelques années.

Le maintien de l’article 3 (traitements « hors classes ») dans la loi sur les traitements du personnel de l’Etat (B 5 15) consacre une forme d’inégalité de traitement, promeut un salaire au mérite déguisé, tout en instaurant une idée de possible corruption ou déloyauté chez les personnes susceptibles de recevoir un traitement supérieur à celui auquel elles ont droit. En effet, si le Conseil d’Etat justifie de recourir à cette disposition en raison d’un marché concurrentiel, c’est bien que, selon lui, la tentation d’aller voir dans le privé existe, afin de recevoir un salaire plus haut. Si le seul moyen de retenir ces fonctionnaires est l’appât du gain, cela s’accorde mal avec le devoir et les sens du service public attendus de la part du personnel de l’Etat.

Quant à l’obligation de résider dans le canton pour bénéficier de ce traitement augmenté, demandée par le MCG mais soutenue par la droite, elle serait illégale. Cela se vérifiera rapidement. Le seul avantage de cette disposition absurde, si on veut rire jaune, serait de constater qu’elle empêcherait peut-être, sait-on jamais, l’octroi d’un salaire hors grille salariale à quiconque, si tant est que les personnes pressenties n’habitaient pas Genève… A Céligny oui, mais pas à Mies… Paradoxalement, une insanité rendrait une iniquité impossible à réaliser…

Quoi qu’il en soit, et si ces péripéties ne sont pas très glorieuses pour notre parlement, cette obstination à vouloir payer toujours davantage les hauts cadres, à creuser l’écart avec les bas salaires donne encore du plomb dans l’aile du projet SCORE qui prétend rénover le système de rémunération au sein de l’Etat. A croire que le gouvernement n’a pas de vraie volonté de faire aboutir un projet vieux de plus de 10 ans… ou manque un peu de clairvoyance en défendant l’insoutenable !

Olivier Baud