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Ensemble a Gauche a déposé en avril 2017 une motion intitulée « une alimentation respectueuse du développement durable en milieu carcéral ». C’est notre camarade Christian Zaugg qui, fort de ses nombreuses visites à Champ-Dollon dans le cadre de la commission des visiteurs, a pu constater que l’Etat ne respectait absolument pas les principes du « développement durable » dans l’approvisionnement des cuisines de la prison. Il a ainsi découvert qu’on y mangeait du poulet brésilien, du poisson vietnamien, du bœuf sud-africain, du lama,… Cela n’est pas étonnant lorsque l’on sait que la prison doit s’efforcer de répondre aux besoins des prisonniers avec un budget minimaliste de CHF 10,50 par jour et par tête. Une gageure…

L’objectif de la motion était donc d’inviter le Conseil d’Etat à accorder aux cuisines de Champ-Dollon un budget suffisant pour leurs permettre de s’approvisionner en produits locaux. Le député EàG Pierre Bayenet s’est permis une intervention en plénière assez émotionnelle, dans laquelle il a évoqué l’excellent documentaire « We feed the World – le marché de la faim » réalisé en 2005 par Erwin Wagenhofer. Ce film démontrait avec brio comment des pays dans lesquels la faim est un problème quotidien pour une partie de la population exportent de la nourriture vers les pays riches, en particulier vers l’Europe. On voit notamment comment la forêt amazonienne primaire est détruite par incendie volontaire pour laisser la place à de gigantesques champs de soja, qui soit sont exportés vers l’Europe pour servir de source de protéines pour nos élevages de poulet, bœuf et porc, ou encore sont utilisés sur place pour nourrir des poulets dont les parties les plus chères sont exportées vers l’Europe, les parties de moindre qualité étant vendues sur place. Le résultat de cette optimisation de la production est le suivant : les pays pauvres n’alimentent plus leurs populations, mais exportent leurs protéines vers une Europe qui est déjà obèse, mais qui cherche à réduire ses coûts.

Le député a rappelé au Grand Conseil la scène dramatique dans laquelle Jean Ziegler raconte comment de nombreux enfants brésiliens ne mangent plus à leur faim. Il explique la stratégie mise en place par les mères de ceux-ci, qui, le soir, n’ayant rien à leur donner à manger, mettent de l’eau à bouillir, couchent leurs enfants, et pour les rassurer les assurent qu’elles sont en train de préparer le repas. Les enfants s’endorment ainsi le ventre creux, mais conforté par l’idée qu’ils pourront bientôt manger. Face au terrible fléau de la faim, chaque petit pas compte. Chaque fois que nous pouvons prendre la parole pour dénoncer le marché de la faim, nous devons le faire. C’est avec soulagement que nous avons constaté que la majorité du Grand conseil nous a suivi sur cette motion.