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Ensemble à Gauche a multiplié les prises de position depuis le début de la crise de COVID-19. Nous proposons ici une synthèse de nos analyses et revendications. Nous avons en effet décidé de déposer un projet de loi visant à financer un plan d’urgence en faveur des victimes les plus fragiles de la pandémie par un prélèvement unique plafonné à 1% sur la part des grandes fortunes qui dépassent 2 millions de francs, qui devrait rapporter jusqu’à 800 millions de francs.

Les conséquences sanitaires et sociales de COVID-19 ne sont pas les mêmes pour toutes et tous. Elles touchent avant tout le monde du travail, et en son sein, les secteurs les plus précaires, dont ceux qui sont au front, en majorité féminins. De même, le confinement n’est pas vécu de la même manière par les locataires disposant de moins de 15m2 par personne et par les propriétaires de grands appartements ou de villas avec jardin. Enfin, il n’est pas vécu de la même façon par les hommes et par les femmes, ces dernières assumant la plus grande part des charges éducatives, de soin et de ménage. Sans compter qu’elles sont exposées, avec leurs enfants, plus souvent qu’auparavant, aux violences domestiques.

1. Des masques de protection chirurgicaux pour toutes et tous

Un mois et demi après le début de l’épidémie, on ne trouve toujours pas de masques de protection en pharmacie. Les autorités n’ont pas prévu de stocks. On a menti en disant qu’ils ne sont indispensables que pour les personnes malades et les soignant·e·s. En réalité, le port de masques en public, dans les transports en commun et au travail, protège la société en empêchant les personnes infectées d’en contaminer d’autres.

Nous exigeons des masques en suffisance, au besoin en en faisant produire en Suisse.

2. Du gel hydroalcoolique pour répondre aux besoins

Il est incompréhensible qu’une grande quantité de ce produit n’ait pas été mis à disposition de la population gratuitement dès le début de l’épidémie. A contrario, on a vu se développer un marché noir de lotions alcoolisées à prix scandaleux.

La mise à disposition de gel hydro-alcoolique doit répondre aux besoins.

3. Des kits d’analyse pour tester largement la population

En Corée du Sud, on compte aujourd’hui 25 fois moins de morts pour 100 000 habitant·e·s qu’en Suisse. Le gouvernement a misé dès le début sur la production de masques et de kits de dépistage pour enrayer l’épidémie et tracer les foyers d’infection. Avec sa puissante industrie pharmaceutique, la Suisse n’a pas suivi cet exemple. C’était pourtant à sa portée, puisque que Roche AG en produit à Zurich et en vend 400 000 kits par semaine aux USA depuis le 13 mars.

L’État doit imposer à l’industrie pharmaceutique la production et la livraison immédiate à prix coûtant des kits nécessaires aux besoins locaux.

4. Une protection adéquate du personnel

Les travailleurs·euses de la santé, des soins, du social, des transports publics, du nettoyage, de la sécurité publique et de la distribution alimentaire, en première ligne face à la pandémie, ne disposent toujours pas de matériel de protection adéquat ou en suffisance, après des semaines d’efforts au front.

Employeurs privés et État doivent garantir la santé de leur personnel, renoncer à faire travailler les personnes vulnérables et respecter des horaires compatibles avec une sécurité optimale. Toute dérogation à la loi sur le travail doit être acceptée par le personnel et dûment compensée. Toute heure supplémentaire doit être rémunérée comme telle.

5. Suspension de toutes les activités non essentielles

Dans les semaines à venir, il faut stopper durablement la progression de l’épidémie. Le confinement actuel est insuffisant tant que des dizaines de milliers de salarié·e·s sont tenus d’emprunter les transports publics et de se rendre à leur travail pour des activités non indispensables ou urgentes.

Suspendons les activités non indispensables ou urgentes, incompatibles avec le télétravail, jusqu’à ce que l’épidémie recule durablement.

6. Ce n’est pas aux salarié·e·s de payer la crise

Ils-elles subissent des pertes de revenu importantes en lien avec la crise. Le chômage partiel les indemnise à hauteur de 80 % de leur salaire, alors que les cotisations sociales sont prélevées sur le 100%. Le manque à gagner est de l’ordre de 30%. Pourtant, leurs charges n’ont pas diminué (loyers, assurances maladie, charges de famille, etc.)

Maintien des salaires à 100 %. Les mesures de RHT et les assurances pertes de gain doivent couvrir l’intégralité du salaire habituel. À défaut, l’État compense le manque à gagner.

7. Allocations de solidarité pour les plus précaires

Cette crise impacte les plus précaires, avec ou sans perte totale de leur emploi. N’ayant plus la possibilité de travailler, ils-elles n’ont pas tous droit au chômage partiel ou à des indemnités perte de gain, telles que prévues dans le train de mesures fédérales, et ne sont donc plus en état de subvenir à leurs besoins. C’est le cas notamment des intermittent·e·s du spectacle, des travailleuses et travailleurs de l’économie domestique, etc.

Ils-elles doivent pouvoir bénéficier d’une indemnité journalière équivalant au revenu moyen de l’activité lucrative qu’ils-elles exerçaient avant le début du droit à l’allocation, calculé conformément à l’art. 11, al. 1 de la loi du 25 septembre 1952 sur les allocations pour pertes de gain.

8. Régularisation des salarié·e·s sans statut légal

Ils-elles sont très vulnérables, parce que dépendant de leur salaire pour vivre et ne bénéficiant souvent d’aucune protection sociale ni d’aucune assurance maladie. C’est une menace pour eux-elles-mêmes et leurs proches, comme pour la société dans son ensemble.

Comme le Portugal, régularisons tous les salarié·e·s sans statut légal en leur attribuant un permis de séjour de 2 ans.

9. Gel de l’application de la loi sur les étrangers (LEI) pour les personnes au bénéfice d’un permis de séjour ou d’établissement

Les personnes détentrices d’un permis de séjour ou d’établissement ne peuvent recourir à l’aide sociale en raison des règles de la Loi sur les étrangers (LEI). En effet, par arrêté du Conseil d’État genevois du 8 avril 2020, les personnes non comprises dans le dispositif des mesures fédérales et les petits indépendant·e·s doivent demander des aides financières à l’Hospice Général, ce qui expose les personnes non suisses à des sanctions qui peuvent mettre en danger le renouvellement de leur permis.

Gel immédiat des clauses sur l’intégration pour ne pas sanctionner le recours à l’aide sociale de personnes non suisses tant que durent les effets économiques de la crise sanitaire.

10. Aide aux personnes confinées, en particulier aux femmes, aux enfants et aux aîné·e·s

Avec le confinement, la prise en charge des tâches ménagères, éducatives et de soin, en grande part par les femmes, souvent astreintes au télétravail, pose de sérieux problèmes. Les mères célibataires et/ou avec un/des enfants handicapés sont particulièrement exposées. Il en va de même des personnes âgées, handicapées ou vulnérables, qui ne disposent pas de proches aidants pour veiller à leur approvisionnement. Le confinement peut aussi accroître les violences envers les femmes et les enfants, nécessitant une attention particulière des services publics et associations appropriées.

Canton et communes, avec l’aide des associations concernées, doivent mettre en place les services d’appui indispensables pour répondre à ces besoins de façon solidaire.

11. Sanctions contre les entreprises qui profitent de la crise pour licencier

Certaines entreprises profitent des mesures mises en place par la Confédération pour les détourner de leur but. Elles font appel au chômage partiel et licencient des salarié-e-s après avoir obtenu ces aides.

Le chômage partiel vise au maintien de l’emploi. Il est inacceptable que des entreprises en bénéficient, puis licencient. Dans ce cas, elles doivent rembourser les indemnités de réduction de l’horaire de travail obtenues. Sinon, l’État doit les poursuivre pour fraude aux assurances sociales.

12. Extension des délais de versement des aides aux études

Les personnes aux études bénéficiant de bourses ou de prêts vont devoir protéger leurs études en raison de l’interruption des cours, de la fermeture des bibliothèques, etc.

Exigeons la prolongation de la durée de ces aides de deux semestres pour que les personnes aux études nécessitant une aide financière publique ne soient pas pénalisées par la crise sanitaire.

13. Aide publique au logement en cas de licenciement ou de réduction de revenu

Les personnes victimes de licenciement ou de baisses de revenus en raison de COVID-19 ne peuvent faire face au paiement de leur loyer.

L’État doit leur accorder une indemnité logement couvrant leur perte de revenu afin que la crise sanitaire ne les expose pas à des mesures de rétorsion de la part de leur bailleur.

14. Fonds de solidarité cantonal pour indemniser les victimes de COVID-19

Les mesures d’urgence que nous proposons ont un coût. C’est le prix à payer pour sauver des vies, prévenir des souffrances et éviter une crise sociale majeure. Pour cela, il faut épargner les revenus du travail, fortement impactés par la crise, en sollicitant une contribution de solidarité de la part de celles·ceux qui disposent des plus grandes fortunes.

Pour cela, nous déposons un projet de loi qui prévoit un prélèvement unique plafonné à 1% sur la part des fortunes cantonales qui dépassent 2 millions, soit 5000 F. pour une fortune de 2,5 millions. Cet impôt de crise devrait rapporter jusqu’à 800 millions de francs pour alimenter un fonds d’indemnisation des salarié·e·s, des précaires et des familles victimes de COVID-19.