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Deux députés de droite ont tenté d’obtenir que Genève applique de manière plus souple la loi fédérale sur les armes. Pour être honnête, leur motion était anecdotique dans ses conséquences réelles, puisqu’elle demandait uniquement une petite diminution de la charge administrative pour les ventes d’armes, sans que le système d’autorisation ne soit remis en cause. La majorité du Grand Conseil a souhaité que Genève continue à appliquer la politique la plus restrictive possible dans le cadre – libéral – du droit fédéral.

Les armes à feu pullulent dans notre pays. La tradition du tir sportif est à la Suisse ce que celle de la chasse est à la France – et la loi permet aux tireurs sportifs d’acquérir fusils et pistolets pour aller au stand, et de garder toutes ces armes à la maison. C’est sans parler de toutes les armes militaires déclassées, que les ex militaires choisissent de conserver à la maison. Chaque arme est enregistrée et on en connait le propriétaire… jusqu’au jour où il y a un cambriolage, un décès, ou même parfois un déménagement, et qu’on en perd la trace, pour la retrouver parfois un jour sur le marché noir.

Les motionnaires n’ont pas eu le culot de défendre une position « à l’américaine », sur la nécessité des armes pour garantir la sécurité et la légitime défense des citoyens honnêtes. Ils se sont plutôt concentré sur le respect de la tradition, et la confiance que l’Etat doit accorder aux citoyens. Ils ont aussi relevé que si un brigand veut trouver une arme pour attaquer une banque, il la trouvera sans avoir besoin d’une autorisation – pourquoi donc imposer à un honnête tireur sportif quelque chose qui n’empêche pas les malhonnêtes de satisfaire leurs besoins.

Le député Pierre Bayenet a donc focalisé son intervention sur la question du plus grand risque réel de la diffusion massive d’armes à feu dans la société : le suicide. En effet, selon le très intéressant tableau (T 14.03.04.01.13) de l’Office fédéral de la statistique, il y a eu 231 décès causé par des armes à feu, en Suisse, en 2015. Or, sur ce chiffre, 211 sont des suicides ! Systématiquement, depuis des années, 80% au moins des décès par arme à feu sont des suicides.

Ceci démontre que le risque le plus grand causé par les armes à feu dans la société suisse n’est pas que celles-ci finissent entre les mains de brigands plus ou moins fantasmés, mais bel et bien qu’elles se trouvent de manière licite dans l’armoire d’une personne qui traverse une dépression et qui profite de sa disponibilité immédiate pour mettre fin à ses jours de manière simple et rapide. Nous pouvons tout-e-s être un jour plus ou moins déprimé et entretenir des idées noires. Donc, il faut nous battre au quotidien contre toute diffusion d’armes dans notre société, afin de prévenir les suicides, puisque l’on sait que le passage à l’acte est souvent dicté par les circonstances – en d’autres termes, une personne qui se suicide à un moment donné aurait peut-être renoncé à le faire de manière définitive si elle n’avait pas trouvé sur le moment une manière de mettre fin à ses jours.

La motion a été largement rejetée.