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La musique dite « classique » ou pire « savante » est de plus en plus séparée de la population et des autres arts plus « populaires ». La création d’un lieu, en marge du centre-ville, réservé uniquement à cette expression, ne ferait qu’amplifier ce cloisonnement. Or, il est urgent de chercher à la rendre plus accessible et attrayante, notamment en la délocalisant des salles de concerts consacrées pour la faire vivre dans des lieux et des quartiers de vie populaire. Ne créons pas un énième lieu où seuls les privilégiés se sentiront à l’aise ; au contraire, apportons la musique à toutes et tous.

Alors que l’on compte 150 organismes musicaux genevois, comment peut-on imaginer une « Cité de la musique » destinée à deux d’entre eux ? La HEM et l’OSR bénéficient déjà de la majorité des subventions, de la meilleure visibilité, et d’autres avantages non négligeables. Il est vrai que la HEM a besoin au plus vite de nouveaux locaux. Mais n’y a-t-il pas suffisamment de bâtiments vides ou désaffectés en ville, à taille humaine, pour accueillir cette école ? Il est prévu d’ailleurs que le financement des locaux et des équipements de la HEM soit du ressort de la Confédération. Doit-on enfin accepter que des privés nous imposent un projet réservé à une petite minorité ? Nous défendons au contraire une société où la diversité culturelle est essentielle et où chacun·e peut s’exprimer comme il-elle l’entend dans des lieux divers et variés.

Selon les chiffres les plus optimistes, après absorption du coût de construction (300 millions), le coût annuel de fonctionnement de la « Cité » devrait se monter à 13 millions par an. La moitié de cette somme serait à charge des résidents (HEM et OSR) et de la billetterie… et il resterait 6,5 millions à trouver. Le canton a annoncé qu’il ne verserait pas plus de 2,5 millions par an. Les mécènes privés prendront-ils en charge les 4 millions supplémentaires (en réalité, sans doute beaucoup plus d’ailleurs) ? Probablement pas. Il y a donc gros à parier que la Ville devra passer à la caisse en coupant les subventions d’autres activités culturelles, pourtant exclues de ce projet.

Outre le Victoria Hall, la Ville de Genève compte plus d’une trentaine de salles de tailles diverses. Certaines nécessiteraient des travaux pour en améliorer l’acoustique ou l’arrière-scène, mais elles constituent une offre potentielle riche, diversifiée et bien répartie sur le territoire. N’est-il pas indécent de constater que des fondations privées puissent débourser 300 millions de francs pour créer un méga-bâtiment dont personne n’a vraiment besoin, alors qu’une grande partie des activités culturelles vit une période extrêmement difficile, tant les aides se font attendre et sont insuffisantes. Si ces fondations pensaient que la culture valait la peine d’être mieux soutenue, elles devraient exiger de leurs mécènes qu’ils paient plus d’impôts et se battre pour mettre sur pied une aide effective aux associations, formations et acteurs·trices indépendants qui font la diversité et la richesse de la vie culturelle genevoise.