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L’initiative « Pour un pilotage démocratique de l’aéroport de Genève – reprenons en main notre aéroport » (IN 163), relativement modeste quant à sa portée, a le mérite de poser des enjeux en termes de santé, environnement et économie. Le but que poursuit l’initiative vise avant tout à contenir la croissance de l’aéroport international de Genève (AIG) pour préserver la qualité de vie des Genevois-e-s.

En effet, le développement de l’aéroport a engendré des nuisances pour la population, en particulier le bruit (notamment nocturne) et la pollution de l’air. Ces nuisances ont de réelles conséquences sur la santé, provoquant le développement de maladies physiques et psychiques. A titre d’exemple, les élèves qui sont exposés au bruit aéroportuaire ont davantage de difficultés d’apprentissage. Et, un quart des écoles du canton se trouve dans le périmètre de l’aéroport… Une étude évalue à 52 millions de francs les coûts pour la santé engendrés par l’activité de l’aéroport de Genève aujourd’hui. Le développement projeté de l’aéroport ne peut qu’empirer la situation et augmenter les coûts liés à la santé. En consentant à cette croissance démesurée, l’État déroge à son devoir de protection des concitoyens.

Le trafic aérien dégrade de manière considérable l’environnement. Ses émissions de CO2 polluent l’air que l’on respire et sont également responsables du réchauffement climatique. Entre 2002 et 2012, la consommation de kérosène de l’AIG a augmenté de 75% et ses émissions de gaz à effet de serre de 63%, tandis que le nombre de passagers a doublé en dix ans. Tous les efforts effectués par la population et les collectivités ces 10 dernières années dans d’autres secteurs, tels que les transports publics ou l’isolation des bâtiments, ont été annulés par la croissance du trafic aérien. Aujourd’hui, le trafic aérien pèse aussi lourd que le chauffage des bâtiments dans le bilan carbone des Genevois-e-s. Les déplacements en avion représentent 23% des émissions totales de gaz à effet de serre à Genève et les prévisions sont à la hausse. D’après les estimations de l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC), on comptera à Genève 235’000 mouvements annuels en 2030, soit un avion qui décolle ou atterrit toutes les 90 secondes. L’aéroport sera alors responsable de 40% des émissions d’oxyde d’azote du canton de Genève, contre 20% aujourd’hui.

Si l’aéroport reste pour le canton de Genève un fournisseur d’emplois et d’activité économique non négligeables, il n’en demeure pas moins que son développement doit être concerté et maîtrisé. Il faut considérer par exemple que la moitié des déplacements en avion à partir de Genève concernent des destinations où le train est performant (voyages de moins de 4 heures). Paris, Zurich et le Sud de la France sont largement accessibles par le TGV ou les trains classiques. En transférant 15% du trafic sur le rail, on éviterait de lourds investissements à Cointrin et toute la collectivité y gagnerait (source : CARPE, http://initiative-aeroport.ch/). Le Conseil d’Etat, sans surprise, a proposé le rejet de cette initiative, arguant du fait qu’un meilleur contrôle nuirait à la gouvernance de l’aéroport et aurait un impact négatif pour l’économie du canton. Le parlement, lui, a jugé utile de renvoyer l’initiative à la commission de l’économie. A suivre donc…

Retrouvez le texte de l’initiative (IN 163) en cliquant sur le lien.

par Olivier Baud, député EàG,
olivier.baud@gc.ge.ch