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Pierre GAUTHIER et Magali ORSINI ont raison de revendiquer qu’on commémore les journées révolutionnaires genevoises d’octobre 1846, qui annoncent les révolutions de 1848 en Europe, comme ils auraient raison de revendiquer qu’on rappelle les luttes révolutionnaires qui ont secoué la Genève populaire du 18e siècle, avant et pendant la Révolution Française.

Mais lorsqu’ils affirment que la Révolution radicale de 1846 a été « bien plus signifiante pour l’instauration de la démocratie que ne l’ont été la Restauration ou le débarquement des Suisses au Port Noir », ils ne réalisent pas l’absurdité de telles comparaisons et trahissent en réalité leur profonde incompréhension des événements qu’ils appellent à commémorer officiellement.

En effet, si la révolution radicale de 1846 a fait faire un grand pas en avant à la démocratie genevoise, une trentaine d’années plus tôt, bien au contraire, la Restauration de 1813-1814 lui avait fait faire un grand pas en arrière, au regard des acquis de 1798. Elle accouchera d’ailleurs d’une Constitution d’Ancien Régime, à propos de laquelle Henri FAZY a pu écrire :

« Vous n’y trouverez aucune mention (…) de la souveraineté populaire. En fait, le peuple genevois (…) se trouvait presque entièrement dépouillé des attributions souveraines dont il avait joui jusqu’en 1798. (…) Le législateur de 1814 se laissait maîtriser par les souvenirs de l’ancienne Genève aristocratique et il oubliait que depuis 1789 des idées nouvelles avaient surgi (…) C’était une œuvre purement rétrograde (…) »

Pour autant, si Magali ORSINI et Pierre GAUTHIER ne connaissent pas bien l’histoire genevoise, le Conseil d’Etat se moque de nous dans la réponse qu’il leur fait :

« Sur le plan genevois, des événements historiques sont commémorés à l’initiative d’associations. Le Conseil d’Etat choisit de participer ou non aux célébrations mais n’intervient pas dans la définition des actes mémoriels. Ainsi, les commémorations de l’arrivée des Suisses au Port-Noir, le 1er juin, et de la Restauration de la République, le 31 décembre, sont organisés par la Société de la Restauration et du 1er Juin. La commémoration des événements tragiques du 9 novembre 1932 l’est traditionnellement à l’initiative de la Communauté genevoise d’action syndicale. »

En vérité, la participation du Conseil d’Etat aux commémorations du 1er juin, du 1er août, de l’Escalade et de la Restauration, et à celles-ci seulement, est fixée par le Règlement sur le Protocole, du 1er janvier 1971. Et, comme le constatait l’année dernière, M. Claude BONARD, ancien Secrétaire général de la chancellerie d’Etat, et ancien officier au Service historique de l’armée : c’est le Conseil d’Etat qui a redonné dans les années 1990, tout son clinquant officiel à la cérémonie du 1er Juin, un peu négligée depuis des décennies.

Mais revenons à la motion. Que demande-t-elle ? Dans sa première invite : une stèle commémorative à l’emplacement des combats de Saint-Gervais… Chiche ! Mais de grâce, pas pour galvauder leur esprit en éditant une plaquette officielle, comme elle le réclame dans sa seconde invite… L’histoire officielle a heureusement fait son temps.

Plutôt que de revendiquer une plaquette du Conseil d’Etat, nous conseillons aux deux auteurs de cette motion de renouer avec les aspirations émancipatrices des révolutionnaires de 1846, celles d’un James ou d’un Henri FAZY, notamment en défense d’une laïcité démocratique. Cela vaudra mieux que de nous resservir aujourd’hui le catéchisme des radicaux étatistes, conservateurs et violemment anticléricaux des années 1860 et 1870, menés par Antoine Carteret.

Vous l’aurez compris, la meilleure façon d’honorer aujourd’hui les révolutionnaires radicaux de 1846, c’est de voter résolument NON, le 12 février prochain, à une loi liberticide qui détourne profondément le sens qu’ils avaient voulu donner à la laïcité de l’Etat.