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En septembre 2019, une équipe de chercheurs du John Hopkins Center for Health Security publiait un rapport, à la demande de l’OMS, intitulé « État de préparation à une pandémie causée par un agent pathogène respiratoire à fort impact ». Le 6 avril, la principale responsable de cette étude, l’épidémiologiste Jennifer Nuzzo, revenait pour Jstor Daily sur cet avertissement que les responsables politiques n’ont pas voulu entendre.

L’une des principales conclusions de notre étude, souligne-t-elle, c’est qu’un tel agent pathogène pourrait toucher très rapidement de nombreux pays simultanément et que nous serions alors confrontés à une pénurie de moyens matériels pour y faire face : respirateurs, masques, etc. Mais nous n’avions pas anticipé à quel point cela allait se vérifier quelques mois plus tard.

En effet, les virus respiratoires sont extrêmement contagieux, et ils le sont souvent avant l’apparition des premiers symptômes. De surcroît, vu que leur temps d’incubation est bref, ils provoquent une multiplication très rapide de cas. Le temps à disposition pour isoler les malades est donc très court. Nous avions déjà expérimenté cela avec la pandémie de grippe A (H1N1), en 2009-10, apparentée à la grippe espagnole de 1918-19, dont la virulence n’a heureusement pas été aussi aigüe que nous pouvions le craindre.

Ce que nous n’avions pas vraiment anticipé, c’est l’incapacité de nos gouvernements à mener une bataille sanitaire rapide et centralisée, de l’envergure de celle que nous devons mener aujourd’hui contre COVID-19, dont les États-Unis offrent aujourd’hui l’exemple le plus pathétique. Le plus choquant a sans doute été l’absence de détermination de la plupart des États, dès le début, à tester massivement les personnes présentant les moindres symptômes et à protéger les soignants de tout risque de contagion.

Les contre-exemples les plus intéressants ont été fournis par la Corée du Sud, Singapour, Taïwan et de l’Allemagne, qui ont été très agressifs dans le testage précoce des personnes potentiellement touchées et dans le traçage de la contagion. Singapour n’a pas généralisé les consignes de distance sociale, n’a pas fermé les écoles et n’a pas recouru au confinement, mais s’est concentré sur les enquêtes épidémiologiques approfondies et sur l’information de la population en temps réel.

Les mesures de confinement que nous sommes obligés de prendre aujourd’hui, mais aussi le nombre de malades, de cas graves et de décès que nous subissons, sont la conséquence de l’impréparation de nos autorités et de leur manque de réactivité. Les considérations orientalistes sur la « discipline naturelle » des peuples asiatiques sont un oreiller de paresse pour la réflexion. Celles sur l’autoritarisme de leurs gouvernements s’applique sans doute à la Chine, mais pas à la Corée du Sud, que le Democracy Indexbritannique situe en 23eposition, devant les États-Unis (25eplace).

Cette épidémie rappelle que le maintien d’une bonne santé générale est la principale défense dont une population dispose contre l’ensemble des agents pathogènes. Ainsi, Jennifer Nuzzo estime que l’âge n’est pas nécessairement un facteur de risque en soi, mais que ce sont les comorbidités liées à une mauvaise hygiène de vie (hypertension, diabète, obésité, tabagisme, etc.), qui augmentent avec l’âge, qui entraînent les principales complications. La prévention devrait donc devenir une tâche centrale de toute politique de santé publique.

Enfin, de façon plus générale, nous savons que deux tiers environ des maladies émergentes sont transmises à l’homme par des animaux franchissant ainsi la barrière des espèces. Elles sont favorisées par la proximité accrue des oiseaux, des mammifères et des hommes, notamment du fait de la multiplication des élevages en batterie de poulets et de porcs. Elles le sont aussi par les changements de plus en plus fréquents dans l’usage des sols « qui mettent les humains en relation avec des espèces animales avec lesquelles ils n’étaient pas en contact au préalable ». Plus fondamentalement, c’est donc l’agrobusiness mondialisé qui est directement mis en question.

Julien Repond